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Récit de croisière en Géorgie du Sud
- octobre novembre 2006
Samedi 30 septembre 2006
17 H. Martin finit de ranger le pont, et nous annonce l’arrivée
d’un grand bus. Super ! Nos amis arrivent ! Je vois quatre
paires de jambes qui dépassent de la porte arrière
ouverte, et je me plais à espérer… Mais non,
c’est le chauffeur qui descend les bagages de nos trois
amis. Ni Jacques ni Patrice ne sont là et ma première
pensée est pour eux tandis que nous nous étreignons
sous le soleil revenu.
Tout le monde est là maintenant, mais pour nous, l’aventure
a commencé il y a 15 jours déjà. Le 15 septembre,
Valhalla quittait Ushuaia à l’heure dite, un très
bon premier point pour cette croisière. A bord, Martin
et Ivone sont ravis de faire ce long voyage avec nous. Martin
a hâte de montrer à Ivone toutes les merveilles qu’il
avait déjà découvertes en Géorgie
il y a 2 ans. Gaston est aussi très content d’avoir
sa marraine pour si longtemps et la perspective de ce long voyage
lui plait bien car nous irons en haute mer, et l’albatros
ne manquera sans doute pas de lui apporter un cadeau de temps
en temps.
Nous quittons la Terre de Feu sous les grains de neige, une dernière
balade à Puerto Williams montre combien cette neige tardive
étonne les oiseaux : eux si actifs la semaine dernière
doivent la trouver amère. Les ibis déjà sur
place doivent être tout perdus, et les vaches en quête
d’herbe se rabattent sur les rues du village et ses attractives
pelouses…
Après une escale supplémentaire a caleta Banner,
nous repartons avec le pont tout blanc car nous renonçons
à déneiger une fois de plus. Ce 18 septembre est
ensoleillé et le temps semble clément. Des oiseaux
migrateurs forment de longues queues de cerfs-volants qui ondulent
dans le ciel. Ils descendent au ras des flots et remontent par
vagues. Je ne les vois pas d’assez près pour savoir
qui ils sont. Quelle importance…
Nous sommes au moteur, pas de vent.
Un pétrel géant blanc a diamants noirs, un couple
de damiers du Cap, un albatros à sourcils noirs, et la
danse des nuages noirs et blancs sur fond de montagne ensoleillée…
Qu’il est bon d’être de quart quand tout le
monde dort à bord…
Nous arrivons sur la côte des Malouines le 20 septembre
après avoir alterné voile et moteur. Beaucoup de
fuel, mais peu de malades, ce n’est pas plus mal à
mon avis…
Vendredi 22 février
Port Stanley. La ville a beaucoup grossi en 10 ans. Les maisons
sont toutes pimpantes, et qu’est-ce qu’il y a comme
voitures ! Nous croyons même halluciner quand nous voyons
une limousine passer sur le front de mer !
Le capitaine nous emmène au pub pour l’apéro
du soir mais Arghhh ! Nous sommes vite refoulés ! Interdit
aux moins de 18 ans ! Nous avions oublié cette vieille
loi anglaise qui ferme la porte des pubs à Gaston... Tant
pis…
Mercredi, Ken, notre ami anglais arrive avec le vol de la RAF
en direct de Londres. Ça nous fait très plaisir
de le retrouver pour cette nouvelle aventure. Ken nous invite
à dîner à son hôtel et il nous gâte
tous, surtout Gaston avec entre autre un magnifique manteau fourré
rouge !
Samedi arrive vite, mais nous sommes prêts, Valhalla rechargé
à bloc de gasoil, propre de la cale à la paume de
mât, les moutons accrochés dans les haubans, nous
sommes parés et nous décidons de partir dès
le dimanche matin.
Bruno nous apporte de très beaux colliers de l’île
de Paques, merci Patrice ! Et une magnifique confiture de Rapa
Nui également, que nous dégustons dès dimanche
matin.
Nous quittons le ponton vers midi en ce dimanche 1er octobre,
et nous devons déloger le Golden Fleece de Jérôme
Poncet amarré à couple. Nos amis en profitent pour
faire une visite de cet autre fier destrier et en route !
Soleil, temps doux. Voile, mais le vent trop faible nous oblige
à garder le moteur si nous voulons garder un cap et une
vitesse honnêtes. Les quarts s’installent. Sur une
idée originale de Pascalou, les horaires se divisent comme
suit :
3 heures de quart pour Ken et Jacques
2 heures de quart pour Martin et Ivone
3 heures de quart pour Bruno et Yacine
1 heure de quart pour Pascalou et moi
Donc, finalement, sur 9 heures, les quarts tournent et chacun
a son bout de pleine nuit et de petit matin frileux. La vie s’installe,
tranquille. Nos amis décompressent petit à petit.
Au fil des jours, on se croise plus souvent car chacun finit par
avoir son compte de sommeil. Les conversations roulent sur les
amis absents, les nouvelles des uns et des autres, et sur les
oiseaux rencontrés pendant le quart. Albatros errant, damier
du Cap, pétrel géant et autres. Gaston dresse l’oreille.
Oui ! Un albatros est passé ! Une petite voiture en kit
l’attend dans la cabane à chiens dehors. Son apathie
disparaît en un clin d’œil et nous voici avec
un Titi surexcité sur les bras ! « C’est la
plus belle voiture que j’aie jamais eue… et rouge
en plus ! »
Et nous mangeons des pizzas, saucisses aux lentilles, etc. il
n’y a que sur le pain que nous ne faisons pas d’effort
: nous nous contentons du pain anglais tranché des Malouines.
Jusqu’au 5, tout va bien. La Géorgie approche, plus
que 150 miles. Mais la tempête approche elle aussi, qui
va nous obliger à tirer un bord vers le nord pour fuir
le gros temps. 50, 60 nœuds, qui peut le dire ? Seuls Pascal
et Martin restent aux commandes. Il devient dangereux de sortir
de toute façon. Ken réussit malgré tout à
passer un moment dehors, solidement amarré avec un harnais.
Une expérience fantastique pour lui qui n’a pas du
tout le mal de mer. Se sentant en parfaite sécurité
sur ce voilier et avec ce capitaine, il profite pleinement du spectacle
des vagues et de la mer déchaînée. Et moi
? Je paie mon tribu, naturellement, et Titi aussi, et le reste
de l‘équipage ? Je ne sais trop. Je crois voir Yacine
faire un quart de radar pour veiller les icebergs. Plus tôt,
sur la route, nous en avons croisé beaucoup, mais par ici
on dirait qu’il n’y en a pas, tant mieux. Ils représentent
le plus grand danger pour nous, ils sont vraiment énormes
et il faut absolument les éviter.
Qu’il est bon de dormir quand quelqu’un veille !
Après un temps bien trop long, le vent se calme et nous
reprenons notre route. Géorgie : 180 miles ! Oh non ! Alors
on reprend le lent labourage vague après vague, et on reprend
patience, une fois de plus. Un nouvel albatros arrive cette fois
de l’île de Pâques, apportant un Moai.
Les Willis islands ! Oui ! Terre en vue ! Mais pas encore arrivés
… Samedi 7 à 11 heures du soir, nuit noire, on mouille
à Right Whale Bay. On n’a pas vu grand-chose de la
côte pour l’instant : brume d’abord, et puis
la nuit. 6 jours et quart de mer. Bon. Ne nous plaignons pas,
c’est la mer…
Dimanche 8
Que faire ? Répondre à l’appel de mon estomac
qui a refusé toute nourriture depuis trois jours ou bien
profiter encore un peu de mon lit plat et sans bruit ? L’appel
de la confiture de goyave est le plus fort… Je me lève
sans bruit mais petit à petit, tout le monde émerge
et découvre enfin cette île qui s’est cachée
jusqu’au dernier moment. Beaucoup de neige, c’est
notre première constatation. Quelle bonne idée les
raquettes ! Sur la plage, on distingue beaucoup d’otaries
à fourrure aussi. C’est la tempête qui les
a poussées à se réfugier à terre car
il est trop tôt encore pour que les mâles investissent
les plages. Un gros groupe de manchots royaux dans la vallée,
quelques éléphants de mer.
Lundi 9 octobre
Nous continuons la route, mais Grytviken, notre point d’entrée
obligatoire, est encore loin. Nous faisons une seconde escale
à Blue Whale Bay, douche, bon repas, petit tour à
terre, nous y sommes enfin, si loin de tout, et si bien déjà
entre nous. Gaston trouve ses marques, il a déjà
commencé des causeries sur le corps humain avec Yacine
(le chirurgien du bord) et repris ses bagarres avec Ken.
Mardi 10. En route pour Grytviken. Il y a de la mer, et je suis
à nouveau pas bien. C’est le café ! Ivone
dit la même chose. Je passe les détails nautiques
(et naupathiques…), nous arrivons à Grytviken vers
16 heures sous le soleil. Pour être plus précise,
je dois dire que nous arrivons à KEP, King Edward Point.
C’est la pointe à l’entrée de la baie
de Grytviken qui abrite les bâtiments de la base anglaise
BAS, British Antarctic Survey, ainsi que la maison de l’officier
responsable de sa gracieuse majesté, Pat, ainsi que sa
femme Sarah. Elle s’occupe de la très active Post
Office. Quand un paquebot passe par ici, ça fait pas mal
de cartes postales à tamponner… Pat nous fait l’entrée
officielle et tamponne nos passeports, il explique la conduite
à tenir vis-à-vis des animaux, les lieux autorisés,
ceux qui ne le sont pas, bref, il fait son travail, très
cordialement.
Mercredi 11
Encore une douche ! Mais notre capitaine nous gâte ! On
va finir par être propres, dit Bruno ! Nous faisons tous
notre petite lessive entre deux visites aux éléphants
de mer qui barrissent à quelques pas. Les réservoirs
d’eau du bateau enfin vidés, nous pouvons charger
la bonne eau limpide que Pat nous a généreusement
offerte. Mmmm, qu’elle est bonne !
Chacun vaque à ses petites occupations : ménage,
cuisine, journal de bord, balade, visite à la croix de
Shackleton, érigée en son honneur par ses camarades
après sa mort. La croix regarde vers le large, les montagnes
sont gris foncé malgré la neige, le plafond est
bas, le vent remonte un peu… Le linge ne sèchera
pas ce soir…
Pat et Sarah nous invitent au Gin to du soir, l’occasion
de connaître quelques scientifiques de la base. Nous retrouvons
le médecin Charlotte, qui était venue plus tôt
solliciter les lumières de Jacques notre dentiste à
propos d’une dent récalcitrante. Une consultation
très australe ! Je ne vous dis pas le tarif rien qu’en
déplacement ! Mais Jacques était ravi d’être
utile, même si tout l’équipage est encore plus
ravi de ne pas avoir eu besoin de ses soins pour le moment…
Brusquement, la chef de BAS se lève : c’est l’heure
du repas ! Et pouf ! Tous disparaissent ! Nous remettons nos bottes
également et rentrons manger des pâtes chez nous.
Gaston rapporte un trophée : une araignée violette
en peluche qui vibre, elle s’appelle tremblotette…
Jeudi 12
Nous traversons la baie sans même décrocher le linge
qui tente désespérément de sécher,
pour nous amarrer au tout nouveau ponton de Grytviken. De cette
ancienne base baleinière, ne restent que quelques bâtisses
et quelques grosses machines toutes nues sous la neige. Le musée,
un cottage où logent les gardiens du musée, Tim
et Pauline Carr, l’église, fondée par Larsen
en 1909 (eh oui, l’histoire baleinière est toute
récente, la chasse a culminé entre 1910 et 1950,
pour s’arrêter définitivement en 1965). Une
grosse bâtisse fermée contenant des engins parait
–il, et une longue ligne de porta-cabins très moches
qui ont abrité les jeunes gens venus trois étés
de suite pour démanteler tout ce qui pouvait représenter
un danger pour les touristes qui passent maintenant régulièrement
ici en paquebot. Plus loin, dans le petit cimetière, émergeant
de la neige, une pierre dressée, toute blanche, une étoile
noire gravée dessus, et un nom : Ernest Shackleton. Inutile
de vous présenter ce héro de l’exploration
polaire. Une fois encore, voir cette pierre m’émeut.
L’image est toute différente cette fois : la hauteur
de neige fait que je pénètre dans ce cimetière
en enjambant la clôture. Seules deux autres croix blanches
aussi émergent, une couronne de fleurs artificielles. Cette
fois, je ne pourrai pas goûter le pissenlit qui pousse là…
Vendredi 13
Grand SOLEIL ! Et ce soleil mérite des lettres capitales.
Pascalou propose une grande balade en raquettes, je reste à
bord avec Gaston et nous occupons agréablement la journée
tous les deux. L’équipage ravi rentre au soir, le
cuir brûlé de tant de soleil. Le trou de la couche
d’ozone est à son maximum juste au dessus de nous.
Journal de Yacine, extrait :
« Balade de Grytviken à Maiviken, balade sublime
sous le soleil, en raquettes. Séances amusantes de culopatin
ou plutôt ventropatine, avec comme moniteur Martin et tout
le monde essaiera, même Bruno, qui se mettra plein de neige
dans le slibard !
Pique nique proche d’une plage pavée de phoques et
otaries, jaja au soleil, panoramas superbes de montagnes enneigées
tombant dans la mer. »
Samedi 14.
Nous faisons une halte à Ocean Harbour, l’occasion
de revoir l’épave du Bayard, toujours envahi par
les cormorans royaux qui ondulent du cou pour leur danse nuptiale.
Ils ont le dessus du bec orné d’une grosse boule
jaune, signe immanquable qui montre qu’ils sont en pleine
période de reproduction.
Promenade à terre, nous emportons les raquettes, les garçons
montent la colline toute proche, Gaston fait quelques glissades
sur la neige, mais c’est trop mou, le culopatin ne marche
pas très bien aujourd’hui. Nous revenons vers les
éléphants, un spectacle dont je ne me lasse pas.
Dimanche 15
Nous reprenons la route vers le sud, jusqu’au sud de l’île,
Drygalski Fjord, nous nous abritons dans Larsen Harbour. Il ne
fait pas très beau mais nous allons à terre voir
les phoques de Weddell qui élèvent leur petit ici.
Ils sont peu nombreux. La grande majorité des phoques de
Weddell mettent bas sur la glace. La femelle allaite son petit
sur la banquise tandis que le mâle grignote la glace pour
maintenir ouvert le trou qui communique avec la mer au dessous.
C’est l’accès à la nourriture et à
la sécurité aussi. Il attend que la femelle soit
disponible pour la féconder. Ici, la vie est plus simple
pour eux, la mer reste accessible tout le temps. Le seul petit
que l’ont voit a les yeux tout chassieux, il fait trop chaud
pour lui, c’est certain.
Le temps va se détériorer prochainement, nous avons
déjà eu bien du mal à arriver ici hier :
peu de visibilité, de la glace, beaucoup de vent, Martin
à la barre, Jacques à la veille aux icebergs, Pascalou
au radar, le tout avec 50 nœuds de vent plus les rafales
qui descendent des montagnes. Il faut être au moins trois
pour arriver à quelque chose. De la navigation virile comme
dit Pascal. Heureusement, la brume se lève à l’entrée
de la baie, là où les icebergs sont les plus nombreux,
et l’entrée se fait plus facilement. Bref, c’était
chaud !
Donc, nous faisons cool aujourd’hui et nous verrons bien
demain. La perspective de passer plusieurs jours ici ne nous tente
guère après tout, et nous repartons vers le nord
assez vite : cap sur Godthul.
Petit balade à terre en fin de journée. La plage
est jonchée d’os énormes, vestige désolant
du passage des hommes il y a quelque 50 ans. Il y a des os lisses,
d’autres sont poreux, lourds, légers, il y en a de
toutes formes et de toutes tailles, comme un cimetière
d’éléphants… Les manchots papou indifférents
atterrissent sur la plage, ils se propulsent depuis l’eau
et arrivent sur le ventre, se rétablissant très
vite sur leurs deux pattes. Ils grimpent la colline et nous les
imitons pour découvrir une colonie déjà active
où chacun s’affaire à construire un nid avec
le peu de cailloux disponibles. Les oiseaux chantent, se font
la cour, s’installent, s’apparient et procréent,
c’est encore trop tôt pour les œufs.
Le lendemain nous allons tout près d’ici
: Cobbler’s Cove, où l’équipage doit
mettre des bouts à terre pour maintenir Valhalla en place,
comme en Terre de Feu. Promenade jusqu’en haut de la colline,
en raquettes. Une vue spectaculaire sur Rookery Bay, la mer scintillante
sous un soleil splendide. Vue aussi sur l’entrée
de Cumberland Bay. Tout le monde rentre ravi, et nous nous réjouissons
de ce si beau temps, nous avons beaucoup de chance.
Jeudi 19
Mouillage à St Andrews Bay. C’est une grande baie
où le bateau danse à l’ancre, mais nous ne
manquerions pour rien au monde cette escale. Les éléphants
de mer sont nombreux sur la plage noire, nous les contournons,
tantôt par la mer, tantôt par la plaine encore glacée.
Les bottes étaient une bonne idée aujourd’hui.
Les manchots royaux se font plus nombreux, et une rumeur monte,
de plus en plus forte de cris et d’appels. Nous trouvons
d’abord les adultes en train de muer. Ils repartiront se
nourrir dès que leurs plumes nouvelles seront toutes là,
et ils reviendront retrouver un partenaire et s’occuper
d’un seul œuf. Les parents couveront et s’occuperont
ensuite du bébé le plus longtemps possible, le laissant
finalement tout seul quand l’hiver sera là. Et effectivement,
plus loin, on voit des points marron plus nombreux. C’est
la rookerie des petits qui ont survécu à l’hiver.
Des parents reviennent, appellent, et retrouvent leur petit après
plusieurs mois d’absence, le reconnaissant au cri et le
nourrissant à nouveau. Le petit a bien maigri pendant l’hiver,
mais il a tout l’été maintenant pour finir
de grandir et perdre son duvet, et pour pouvoir lui aussi partir
en mer se nourrir seul.
Nous approchons des petits, boules marron pépiantes, l’hiver
a prélevé sont tribu : les petits corps jonchent
le sol, Gaston les compte, les touche. Ils sont tout doux, ils
sont nombreux, mais il en reste aussi beaucoup de vivants. Que
fait un parent qui revient trop tard et dont le petit n’a
pas survécu ? Je crois qu’il recherche son partenaire
et pond à nouveau tout de suite. Et que fait un petit dont
les parents ne reviennent pas ? Il s’allonge par terre,
et attend patiemment, et meurt, mais y a t-il des petits qui cherchent
à tromper les grands ? On voit certains petits courir après
des adultes et insistent, c’est l’adulte qui doit
reconnaître le bon cri et nourrir le bon petit. Le spectacle
est superbe, sous un soleil magnifique une fois de plus, les plumes
jaunes du cou des adultes brillent et leurs plumes blanches resplendissent.
Les cris sont presque assourdissants, on essaie de comprendre
ce qui se passe, on se fait tout petit, on ne bouge plus, et les
oiseaux approchent sans frayeur, on pourrait presque les toucher.
Gaston trouve un rocher inoccupé, il l’escalade sur
toutes ses faces. Il est habillé d’un ciré
complet, ce qui facilitera son nettoyage de retour à bord,
car le sol est jonché de caca coloré ; blanc, vert,
rose, une palette complète. Et Gaston peut se vautrer où
il veut et jouer son content.
Nous passons une après-midi magnifique, manchots par milliers,
ou éléphants, le spectacle est tout aussi passionnant.
Des skuas se précipitent, nous apercevons alors près
d’une femelle le placenta sanglant que les oiseaux se disputent.
Un petit tout noir et encore tout mouillé n’a pas
plus d’une heure de vie. J’aurais aimé voir
la naissance, encore raté… La mère appelle,
un mâle approche, elle proteste. L’énorme mâle
s’en moque et se rapproche encore, il semble vouloir regrouper
les femelles, il se fait plus pressant avec cette pauvre parturiente
qui proteste de plus en plus. Un autre mâle plus bas sur
la plage relève la tête, grogne en envoyant en l’air
un gros nuage de vapeur pestilentielle. L’autre mâle
ne demande pas son reste, il ondule droit devant lui, déplaçant
ses trois tonnes avec une étonnante rapidité, écrasant
au passage femelle et petit. Nous pensions que c’était
l’heureux propriétaire des lieux, mais ce n’était
qu’un truand qui pensait pouvoir profiter de la sieste du
patron pour s’approprier une petite femelle. Ne savait-il
pas qu’il faut attendre 21 jours au moins pour que la femelle
soit prête à recevoir le prochain bébé
?
On pourrait rester là des heures ! Mais il se fait tard,
on repart vers le rocher qui avait servi de débarcadère
à notre arrivée et Gaston joue à décrocher
les stalactites en attendant l’annexe. Un couple d’albatros
fuligineux niche 2 mètres plus haut dans le tussok, ils
sont gris cendré foncé, le corps juste un peu plus
clair, les yeux entourés de blanc, ils sont magnifiques.
Ken, Yacine et Bruno arrivent à faire quelques photos,
on entend cette fois-ci très nettement leur cri qui ressemble
un peu à celui des goélands, en un peu plus long
et plus aigu. Voir ces oiseaux voler est impressionnant, pas un
battement d’aile, ils exploitent les courants d’air
et se meuvent dans le ciel comme le plus habile des dauphins dans
l’eau, ailes étendues, proportions harmonieuses,
un oiseau magnifique.
Tout à coup, des skieurs arrivent derrière nous
! Mais oui, Golden Fleece arrive lui aussi pour récupérer
son équipage de français skieurs. Une occasion de
reparler de cette tempête qui nous a frappés en arrivant
près de la Georgie. Jérôme, lui, l’a
prise dès son départ de Stanley, cueillant l’équipage
à froid. Brrr, pas drôle de se faire brasser avant
d’être amariné.
Nous rentrons à bord, Valhalla est pris de la danse de
Saint Guy. Impossible de passer la nuit ici. Nous faisons donc
route sur Grytviken où nous arrivons à la nuit.
Vendredi matin, nous refaisons
le plein d’eau tandis que Pat prend le café avec
nous. La conversation roule sur les pêcheries. Les bateaux
viennent à KEP chercher leur licence de pêche, se
faire inspecter, et parfois aussi ils y trouvent assistance médicale
auprès de Charlotte. La pêche, c’est ce qui
rapporte le plus d’argent à l’île en
droits de pêche. L’hiver, on pêche le krill
et l’été le tooth fish, un gros poisson de
fond qui se vend bien sur le marché européen comme
asiatique. Naturellement, il faut surveiller les bateaux : zones
de pêche, maillage des filets, conformité des long
liners. Beaucoup d’albatros se font prendre aux hameçons
des longues lignes mais de nouvelles règles simples permettent
de limiter les prises : on utilise maintenant un appât différent.
En effet, le poisson congelé utilisé comme appât
jusqu’à maintenant flotte, la ligne reste en surface
plus longtemps que prévu et les oiseaux attirés
par cette nourriture facile se prennent aux hameçons et
se noient par milliers. Une ligne leurre munie de grosses bouées
doit empêcher les oiseaux d’avoir accès aux
hameçons, quand elle est installée bien sûr.
Ainsi, les lignes peuvent couler avant que les oiseaux aient le
temps de s’y prendre. Pour cet hiver, les chiffres sont
encourageants : aucune pise d’albatros à l’intérieur
des eaux territoriales. Mais que se passe-t-il au-delà
des 200 miles ?
Il fait beau une fois encore, nous sommes vraiment
chanceux. Nous ne nous attardons pas et faisons route au moteur
vers Cumberland ouest et le glacier Neumayer. Nous faisons du
rase cailloux au moteur et passons au pied de Maiviken déjà
visité par terre. Les rochers sont roses, bordés
d’algues, goélands et sternes s’affairent ainsi
que les albatros fuligineux qui appellent. On dirait la Bretagne,
tant par le paysage que par le son. Et le soleil qui baigne tout
cela est la cerise sur le gâteau. Journée splendide,
spectacle incroyable de montagnes alpines les pieds dans l’eau.
Le mont Paget culmine à 3000 mètres, ce n’est
pas très haut, mais à notre latitude, ça
équivaut à une haute montagne.
Le glacier Neumayer étincelle au loin, bleu et blanc, mais
on ne peut approcher le front à cause de la large bande
de pack et de brash congelé qui le borde. Pascalou recule
un peu et lance Valhalla à l’assaut de la couche
glacée. Ça rappelle des souvenirs à certains
de nos équipiers… Et nous coupons le moteur, profitant
de ce parking improvisé pour pique niquer à l’avant
du pont. Quelques hardis descendent fouler la glace par le bout
dehors, la couche de glace ondule, il faut essayer de rester sur
les plus gros morceaux de glace pour ne pas risquer de prendre
un bain… Quelques pas, pas trop loin, et champagne pour
tous. Encore une fête improvisée qui ravit nos cœurs
et nos sens, quelle chance nous avons encore une fois.
Tout près du glacier, Carlita nous tend les bras. Cette
petite anse ronde est toujours aussi jolie. La plage est investie
par les éléphants, une petite colonie assez paisible.
Grande promenade à terre, sans raquettes car la partie
ouest du mouillage est bien déneigée. Quelques albatros
fuligineux tournent autour des hauteurs mais ils restent à
distance, les pétrels à menton blanc ne sont pas
encore arrivés. Les sternes sont déjà là
et elles nous attaquent des que nous approchons de leur zone.
Porter une casquette et une bonne protection.
Gaston et moi faisons une pose sur le dernier mamelon surplombant
le mouillage. Ken nous rejoint et nous trinquons avec une bière
que notre prévoyant anglais avait emportée. Nous
avons fait un grand tour et mon Titi est vanné, ça
lui fait du bien de prendre de l’exercice. Il sort trop
peu.
Samedi 21
Sous un soleil radieux les montagnes se découpent, noires
et blanches sur fond de ciel bleu. Pascal nous amène en
zodiac au milieu des éléphants et nous débarquons
sur cette plage de sable noir, raquettes en main, pour faire une
petite traversée qui nous mènera de l’autre
coté de la pointe, à la station baleinière
d’Husvik. Tous les 6, nous décidons de commencer
sans raquettes car le terrain est faiblement enneigé. C’est
une vraie promenade de santé par ce temps resplendissant.
Une fois les éléphants passés, nous ne rencontrons
plus d’animaux. Pas de manchots. La marche est facile, le
terrain monte peu. Notre petit groupe s’étire dans
la vallée, petits points rouges ou bleus perdus loin de
tout dans ce silence de début du monde. Un tout petit lac
gelé à peine recouvert de neige accroche notre regard,
bijou bleu étincelant. Yacine filme. Oh, c’est beau
! Oh oui ! Quelques rennes se montrent et se sauvent aussi vite,
ils sont très sauvages.
De chaque coté, des montagnes pas très hautes mais
bien enneigées. Le ciel est si bleu que le relief se découpe
avec une netteté étonnante. Je suis très
contente de pénétrer, ne serait-ce qu’un petit
peu à l’intérieur de cette île mystérieuse.
Impression de vulnérabilité, nous sommes entre les
pattes du monstre et si le vent décide de se lever, une
promenade peut se transformer en cauchemar. Aujourd’hui,
rien de tel heureusement.
Je finis par mettre les raquettes car la couche de neige s’épaissit.
Ta-ke-tchac, ta-ke-tchac, ta-ke-tchac, j’ai des raquettes
à trois temps et ça fait beaucoup plus de bruit
que je ne croyais. Mais une autre rumeur se fait entendre déjà,
des éléphants ? La rive approche, une colonie de
manchots papou a investi une petite hauteur caillouteuse, on voit
déjà l’eau du fjord qui scintille, pas de
glace par ici, pas de mâts jaunes non plus, la route par
la mer est plus longue que la notre.
Nous atteignons la plage, les éléphants dispersés
grognent à notre passage. Les petits bêlent pour
avoir du lait, les mères se dressent et montrent les crocs
à l’approche des intrus, mais en ont-elles après
nous ? En fait, cette petite communauté est très
querelleuse, les animaux sont affalés pratiquement les
uns sur les autres, et ils protestent quand un voisin les réveille
pour rien. C’est un concert de rots et de grognements ininterrompus,
et à force, nous commençons à les imiter
assez parfaitement. Pour certains d’entre nous, l’exercice
est très aisé… De temps en temps, le bruit
est plus fort : des rots sonnants répétés
nous font repérer le mâle qui cherche querelle au
pacha du harem. Mais l’énorme roi de trois tonnes
et demie n’a qu’à lever la tête et répondre
pour que le challenger se carapate vers la mer. Les combats sérieux
ne se voient qu’entre animaux de même taille, pourtant
les plus jeunes s’essaient parfois à défier
le maître, juste pour voir.
Valhalla est visible entre les deux icebergs de service. Nous
avons le temps de manger quelques fruits secs avant d’aller
prendre les amarres. Un fort vent de nord ouest prévu pour
demain après midi a incité notre capitaine à
utiliser ce ponton, même s’il est pas mal pourri.
Ce sera malgré tout notre meilleure option. Avant cela,
il me reste un peu de temps pour arpenter le village fantôme.
La moitié des bâtiments est inaccessible ; les toits
effondrés laissent voir les étages éventrés.
J’approche d’un grand hangar, il fait sombre là
dedans. Un grognement ? Un éléphant a élu
domicile dans cet antre puant, le sol est noir et luisant, mélange
de féces, de poils de mue et de plumes de manchots, et
l’odeur, l’odeur… Je recule… Je vais voir
plus loin, prudemment. Au sol traînent vieilles tôles,
poulies, câbles et bouts de machines éparpillées,
mais le tout est recouvert d’une bonne couche de neige traîtresse.
Je ne vais pas plus loin car je ne veux pas que ma jambe passe
à travers des tôles rouillées, ou pire. J’ai
encore le souvenir très net de mon dernier passage dans
ce lieu. Il ne reste plus grand-chose à voir, les meubles
sont renversés, tiroirs par terre, bouts de verre et de
papier partout. Des clous, des engrenages, tout un fouillis d’atelier,
de laboratoire ou de lieu d’habitation. Les lieus sont encore
reconnaissables, alignements de lavabos ou de fours, selon le
bâtiment. Mais je préfère m’éloigner,
je ne ressens pas l’émotion de la première
fois où la présence humaine avait été
pour moi encore palpable. Aujourd’hui, cette visite me rappelle
plutôt les milliers de baleines qui sont passées
par ici, sacrifiées sur l’hôtel de l’industrie.
L’huile de baleine était le lubrifiant indispensable
à la mécanique, c’était avant l’utilisation
du pétrole. Aujourd’hui, les baleines restent invisibles,
aucune n’aura échappé au massacre…
Tout d’abord, les chasseurs se sont intéressés
aux baleines qui flottaient une fois harponnées : cachalots,
baleines à bosse et baleines franches. Mais un Danois ingénieux
a fini par mettre au point un harpon permettant à la fois
de tuer la baleine et de la ramener le long du flanc du navire.
Du coup, les rorquals communs et les baleines bleues ont pu être
chassées aussi. Quel désastre. Depuis le temps que
je suis sur l’eau, je n’ai encore jamais vu de grande
bleue, et les autres, si peu, bien trop peu. Raison de plus pour
faire attention à ce qui reste et pour protéger
TOUT notre environnement, où que nous soyons.
Valhalla approche, les amarres sont rapidement en
place et le capitaine décide de nous régaler d’un
asado : alors on s’active, on installe une grosse plaque
de fer, et quelques autres sur les côtés pour cacher
le feu du vent. On récolte du bois, et bientôt le
mouton grésille au dessus des braises. Déjeuné
dîner dégusté très tard. Nous terminons
la soirée en faisant cinéma : « Il était
une fois dans l’ouest ». C’est un peu irréel
tout ça, mais nous sommes tous bien heureux de ce break
détente.
Ce matin, ce n’est plus tout à fait la même
chose. Plafond bas, bruine, pluie fine. Qu’à cela
ne tienne, cinq vaillants décident d’aller voir si
le lac Gulbransen est plein ou vide. Il faut s’habiller
plus chaudement, j’échange donc la casquette d’hier
contre ma chapka plus chaude et j’enfile un pantalon de
ciré. La balade devrait être plus courte aujourd’hui,
mais ça va monter un peu plus. Ne nous chargeons pas, un
œuf dur, un saucisson, quelques amandes, ça ira.
Aujourd’hui, nous chaussons les raquettes dès la
fin du ponton, le ciel a disparu, les montagnes aussi, la lumière
blanche et laiteuse est tout à fait différente aujourd’hui.
Nous avons une bonne visibilité malgré la pluie
fine. Jacques le solide est notre chef d’expédition
incontesté. Nous suivons sa trace. Ta-tchak, ta-tchak,
raquettes à deux temps sur la neige plus molle. Le vent
est raisonnable, dans le dos, il nous pousse plutôt. La
montée est assez facile quand la neige croustille mais
quand les raquettes s’enfoncent, il faut faire des pas plus
petits si non on se retrouve à genoux, et c’est dangereux,
on se casserait la jambe comme un rien.
Le terrain est sain, pas de glaciers, pas de crevasses. Nous suivons
notre guide. Un petit stop pour communiquer avec le bord. Pascalou
est content de nous entendre, nous continuons malgré le
temps.
Un premier petit col et nous changeons de direction. Encore un
effort. On voit le sommet du 2e col, pas très loin. Le
vent monte et nous pousse de plus en plus. Nous y sommes enfin.
Et je me souviens de mon dernier passage ici, sous un soleil radieux
comme celui d’hier. Cette fois-ci, le vent est si fort que
nous décidons de redescendre tout de suite. Oui, le lac
est là, coincé entre le glacier Neumeyer et la côte,
recouvert de neige, impossible de dire s’il est plein ou
vide. Ce n’est pas encore cette fois-ci que je m’en
approcherai…
Il faut s’équiper pour repartir face au vent, lunettes
et col fermé par une écharpe, les joues sont criblées
par une petite grêle qui pique. Jacques marche devant sur
nos traces de montée encore visibles. Je marche pratiquement
dans les raquettes de Ken, ne pas se laisser distancer permet
de marcher tête baissée et d’éviter
le gros de la pluie sur le visage et dans les yeux. Jacques avait
prévu les lunettes de ski, mais moi pas.
20 minutes de marche, le vent passe au dessus de nous maintenant,
la marche est moins pénible. Nous faisons une courte halte
pour manger une tranche de saucisson et l’œuf dur debout
en cercle, et on repart après avoir appelé le bord
en VHF. Pascal nous promet une douche dès notre retour,
Oh ! Quelle belle perspective ! Nous arrivons en bas trempés
comme des soupes : pluie par dehors et condensation par dedans.
Oh ! La bonne eau chaude qui coule dans le cou, un délice
! Nous sommes tous les cinq bien heureux d’avoir fait cette
petite marche de 4 heures. Ce n’était pas très
long et c’était plutôt bien de se confronter
à des conditions plus difficiles. On se rend tout à
fait compte qu’il suffit de peu pour que ça devienne
l’enfer, mais c’est le cas partout en montagne, pas
seulement ici.
Dans la nuit le vent vire au sud ouest, il faut se lever à
3h1/2 du matin pour dégager du ponton. Le vent a chassé
les nuages, les étoiles sont innombrables : Orion, la croix
du sud, le grand chien, Sirius et la queue du Scorpion, wouah
! Quel ciel ! Le jour point déjà à 4h1/2
mais nous retournons nous coucher, bien au chaud.
Nous sommes déjà le 23
le vent souffle toujours, ce qui permet de sécher le linge
dehors. Lecture, écritures, courrier, couture, pain, la
vie s’organise, on va bouger bientôt. Nous voulons
aller voir les albatros à l’île Prion, bientôt.
Vers 4 heures, nous bougeons vers Stromness. C’est là
que Shackleton est arrivé après sa traversée
de l’île à pied. Nous voulons tous voir cette
maison historique. Elle est encore debout. Ses fenêtres
ont été aveuglées il y a longtemps ce qui
fait qu’elle est encore entière. Une plaque apposée
par la petite fille de Shackleton nous assure que c’est
bien là qu’il a frappé après son aventure.
Ici, le village est assez petit, beaucoup de très grands
hangars dont les tôles volent au vent. Il faut être
prudent, surtout aujourd’hui car ça souffle pas mal.
On trouve ici des tas de tubes d’acier bien rangés,
des tôles, des safrans, engrenages et poulies. Cette station
servait surtout à la réparation des bateaux.
Quelques éléphants encore, mais assez peu. Tout
un groupe a choisi de s’installer sur la neige assez loin
de la plage. Pourquoi donc le pacha a-t-il choisi d’aller
si haut plutôt que de rester au bord de la plage comme tous
les autres ? Jérôme me dit que c’est un mystère
mais qu’on voit ça souvent. Golden Fleece est amarré
à un bout de ponton. Nous faisons de même un peu
plus loin, là où ne restent que les piles en bois.
Il faut utiliser l’annexe pour débarquer. Mouiller
dans la baie est impossible : trop de fond partout et trop d’épaves
au bord. Plusieurs bateaux déjà ont perdu leur ancre
ici, irrécupérablement coincée dans les amas
de ferraille qui tapissent le fond. Cette grande profondeur jusqu’à
la plage permettait aux navires usine de venir s’amarrer
à quai.
Parlant de station baleinières, voulez vous quelques chiffres
effrayants ?
Traduction extraite de « Salvesen in the Antarctic, A Whaling
Entreprise » par Gerald Elliot.
« En 1910, Salvesen était devenue la plus grosse
compagnie baleinière du monde. La compagnie avait 5 stations
: en Islande, dans les Faroes, dans les Shetlands, aux Malouines
et en Georgie du Sud, et avec 20 baleiniers elle prit 2 350 baleines
et produisit 66 500 barils d’huile, c'est-à-dire,
11 100 tonnes. Ce n’était cependant que l’enfance
de cette industrie. La production totale de Salvesen était
minime alors comparée aux 3 600 000 barils produits dans
la période postérieure à la 2eme guerre mondiale.
De la même façon, le contraste est grand entre les
400 employés de 1914 et les 2 000 employés des expéditions
postérieures à 1945. »
Et tout ça, pour fabriquer quoi ? Principalement de la
margarine… Quand le beurre est tellement meilleur !! Bien
sur, il y a aussi eu la production de glycérine pour la
guerre…
« Pendant la saison 1910/1911, 6 000 baleines à bosse
furent prises. Bientôt, on n’en trouva plus. En 1917/18,
les prises de baleine à bosse étaient descendues
à 60 et la pêche était passée au stock
encore abondant de baleines bleues et de rorquals communs. »
Les navires usines ont fini de tout consommer, pêchant à
outrance, comme les hommes savent le faire.
Le soir, le vent souffle assez fort. Pourvu que
les amarres ne se cisaillent pas ! Nous n’aimerions pas
prendre Golden Fleece dans le derrière…
Le vent s’apaise dans la nuit et nous pouvons enfin trouver
un sommeil plus profond.
Mardi 24
L’équipage part en balade dans la vallée que
Shackleton a empruntée à son arrivée. J’attends
cette fois-ci le rapport de Bruno.
Je reste à bord, Martin en profite pour graisser quelques
winchs, et Pascalou part en chasse avec Jérôme. Ils
reviennent avec deux bêtes, nous allons pouvoir goûter
le pâté et les cuissots, c’est super.
Expédition vers Fortuna, journal de Bruno :
Cette fois nous ne serons que 4 : Jacques , notre dynamique montagnard
, Ken notre flegmatique British, le père Yacine (y’a
plus à le présenter çui-ci), et l’essoufflé
de service, pas encore très copain avec les températures
en dessous de 20° ; nous n’avons pas oublié la
VHF, histoire de prévenir Valhalla de nos intentions en
route, car la météo n’est pas sure, et nous
quittons le bateau un peu tardivement vers 11 heures ( fo pas
déconner cé lé vacances !). Au moins 1 à
2 Km de plat pour commencer ; remonter la vallée de Stromness,
ça me convient, même si la neige est bien molle,
et ça patauge un peu au début ! Pas de grand ciel
bleu, mais rien d’inquiétant pour l’instant.
Nous croisons une petite colonie de manchots en route sur une
des collines, et attaquons la montée ; en fait nous essayons
de rester rive droite de la rivière (c’est moins
snob), et avons repéré des traces de ski des équipiers
de Golden Fleece des jours précédents ; la montée
se fait plus rude et je commence à cracher mes poumons,
jusqu'à ce que nous arrivions devant une barrière
rocheuse ; soit à droite de la rivière en contrebas,
mais vraiment contrebas, soit contourne par la gauche mais cela
prendrait du temps. Qu’a cela ne tienne, nous grimpons les
derniers mètres de neige très, très raides,
les pas dans ceux du précédent, jusqu’aux
cailloux, on enlève les raquettes, et on commence la grimpette….
Un peu hasardeuse d’ailleurs car non seulement en pantalon
de cire, cire, sac-à-dos et raquettes qui y pendouillent,
c’est moyennement pratique, mais en plus on s’est
fait avoir sur la qualité de la montagne !!! Elle se barre
en 1000 morceaux ! Rien de stable ; elle s’effrite, pire
qu’au mac do (ha, ha). Bon, bon, grâce à notre
courage sans limite, nous arrivons enfin au sommet (au moins 7
à 8 mètres !). Pause pour nous remettre de nos émotions.
Et nous appelons Valhalla, mais la com n’est pas bonne ;
nous décidons d’aller voir jusqu’au col tout
de même, histoire de voir à quoi ressemble l’autre
versant (glacier de Fortuna Bay), mais comme il est un peu tard,
nous revenons sur Stromness, non sans éviter soigneusement
notre petite escalade de l’aller. Finalement sympathique
balade, même si nous n’avons pas atteint Fortuna,
ou nous irons par la mer demain.
Super chocolat chaud gentiment préparé par Yvonne
a l’arrivée.
Apéro chez Jérôme (Golden Fleece) le soir
bien animé, où il m’a raconté ses 3
accouchements ou plutôt ceux de Sally, pour être plus
juste ; pas toujours très cool, et qui m’ont laissé
rêveur, vu les conditions dans lesquelles ils avaient décidé
que cela se passerait c-à-d… entre eux, tranquilles.
Bref, départ au soleil comme d’habitude ce mercredi,
de Stromness…. Mais ça c’est une autre histoire…
Mercredi 25
= Reprise tardive du journal, en fait repris sur notes mais après
notre traversée retour un peu éprouvante.
On dérape de Stromness vers la baie Fortuna, courte traversée
mais sous la neige cinglante et mer formée. On croise en
baie Fortuna notre premier paquebot à touristes dont on
reste à distance. Je crois d’ailleurs avoir identifié
des centaines de touristes sur la plage alors que c’étaient
des manchots royaux, pas très bonnes finalement mes super
jumelles, ou le gabier n’était pas à jeun.
Sommes restés toute la journée du 26 jeudi oct.
mouillés a Fortuna à farnienter toute la journée
sans mettre le nez dehors du fait du mauvais temps. Corps à
corps avec Gaston et film, étrange sensation en regardant
le western « Missing » un peu envoûtant et un
brin terrifiant avec le vent qui hurle dehors et la salle de projo
qui donne de la bande dans les surventes.
V 27 - 10 Dérapage de la baie Fortuna vers la baie des
Iles avec visite de l’Ile Prion, sublime balade camera en
bandoulière à me coucher à proximité
des poussins Albatros hurleurs à ramper doucement pour
venir observer ces adorables boules de plumes à l’allure
un peu ahurie qui gardent encore une couronne de duvet juvénile
autour du cou et qui s’entraînent à battre
des ailes en vue du premier décollage.
Avant de réembarquer dans l’annexe, Bruno et moi
sommes coursés par 2 otaries mâles de bon poids,
qui en fait, se pourchassaient ; mais comme on était dans
la trajectoire des charmants monstres… encore une affaire
Dreyfus évitée de peu.
Toujours amusé à bord, de voir notre très
distingué copain Ken lire avec son billet de 50 livres
en guise de marque page. A propos de Ken, une anecdote (et peut
être plus, qui sait, dans l’avenir ?...)=il se trouve
que, il y a 1 ou 2 ans j’ai lu sur un journal qu’un
Américain venait de mettre au point le premier avion privé
commercial à pouvoir envoyer (quelques instants) quelques
heureux privilégiés en orbite autour de la terre.
Amusé par le texte, et intrigué, j’ai continué
la lecture et l’Américain disait, semble-t-il sérieusement,
qu’il souhaitait mettre à la portée du plus
grand nombre ce type de voyage... Je suis resté pensif
et j’ai rangé le papier… et il se trouve que
le père Ken non seulement connaît le cher Américain
mais est inscrit sur la liste… bon bon, j’essaye de
calmer mon doux délire, mais, en attendant, je lui ai demandé
quelques tuyaux, au cas ou un jour… j’utiliserais
le même marque page !...
On peut toujours rêver… Je prends la relève,
Yacine étant parti reposer ses intestins indisposés
temporairement.
Apres ce petit débarquement sur l’île de Prion
(très réglementée puisque nous avions des
limites de promenades très précises) dans la baie
des îles, au milieu des Albatros relativement peu nombreux,
nous rentrons encore plus au fond de la baie pour mouiller à
Salisbury (28 et 29 octobre), très longue plage qui se
poursuit par un glacier en retrait. Débarquement armé,
car les otaries commencent à être nombreuses sur
les cailloux où nous avons choisi de débarquer,
du fait de quelques vagues sur la plage. La mise à terre
de l’équipage se fait en 2 fois, et entre les 2 navettes
nous avons failli nous perdre car le plafond est franchement bas
et le brouillard nous enveloppe rendant la silhouette de Valhalla
à peine visible. Grosse colonie de manchots royaux, avec
petits à nouveau ; ils sont vraiment magnifiques, même
malgré la lumière peu favorable. Malheureusement
au bord de l’eau nous en remarquons un qui a revêtu
un costume qui, s’il est original, n’augure rien de
bon pour son avenir immédiat ! Son plastron est entièrement
écarlate, et une patte ne semble pas… dans le bon
sens ! Un léopard a dû passer par là …
Nous commençons à écouter ou plutôt
à recevoir la météo, la date du retour se
rapprochant dangereusement… Mauvaise nouvelle ; des vents
à 50-60 nœuds prévus pour le 2 novembre au
soir et, désirant éviter de les subir trop près
de la Georgie et surtout au milieu des icebergs rencontrés
à l’aller, notre Capitaine décide de quitter
la Géorgie le 30 !! Ce qui est bien tôt, mais…
bien sage !
30/10 départ pour Rosita Bay, près de la sortie
de la baie des îles, où nous irons faire une dernière
balade à raquettes sur une petite crête donnant sur
la baie d’un côté et sur le large de l’autre
! Encore du grand spectacle !! Sous le soleil comme il se doit.
Dernière douche ( ?) et appareillage le lendemain matin
à 5 heures.
Retour très surprenant, puisque d’une part, la tempête
a miraculeusement disparu des écrans, mais aussi de l’horizon,
ce qui n’est pas désagréable finalement, et
d’autre part, une bonne partie de l’équipage
s’est retrouvée relativement rapidement « hors
service » et ce pendant une bonne partie du retour, sans
raison clairement établie, à part le blues du départ
??
De très nombreux icebergs sur la route. Pendant presque
48 heures en quittant la Georgie la veille est très intense,
le radar est maculé d impacts de gros icebergs et nous
frôlons souvent de petits growlers, et même des gros,
que l’on ne peut pas voir sur le radar. C’est pas
un pays pour la navigation en solitaire... Plaisir tout de même
d’être à la voile avec un bon vent qui nous
fait avancer vite : dilemme entre marcher au plus vite pour sortir
de la glace plus tôt ou la prudence pour minimiser le risque
de collision ! Puis vent dans le nez, normal, voile et moteur
au plus serré… brave moteur.
Bref retour en 5 jours !!! Plus vite qu’à l’aller
!
Nous sommes donc arrivés le 5 à Stanley, au ponton,
à couple de Damien 2 et de Golden Fleece les 2 bateaux
de Jérôme Poncet que nous retrouvons, paradoxalement,
en même temps que la civilisation qu’il ne chérit
pas particulièrement… Mais ce n’est pas tous
les jours que l’on papote avec un mythe vivant.
Après 2 jours pour se remettre de nos émotions nous
avons déménagé pour un petit mouillage tranquille,
pas trop loin de Stanley, histoire d’aller voir une colonie
de Gorfou, qui avait oublie le rdv … Bon aujourd’hui,
n’oublions pas tout de même un événement
majeur : l’anniversaire de Bernadette ! L’heure de
l’apéro se faisant pressante, je suis dans l’obligation
de … vous abandonner, mais nous pensons bien à vous
!!!!!
Bon, merci Bruno d’avoir terminé ce
récit. Mais je vais ajouter encore quelques lignes : à
la recherche des gorfous sauteurs.
J’aurais vraiment aimé que nous repassions par Hercules
avant de quitter la Georgie, comme il y a deux ans, voir les gorfous
et la superbe cascade, et voir si les pissenlits auraient déjà
poussé… Mais Pascalou nous dit que nous avons de
quoi faire au moins deux jours de voile dans le bon sens et qu’il
ne faut pas rater ça. Bon, nous y allons donc. Je ne désespère
pas de voir ces manchots aux Malouines où nous devrions
arriver avec une confortable avance sur l’horaire de l’avion.
Comme dit Bruno, la traversée a été plutôt
pénible. Il a d’ailleurs payé un lourd tribu,
ainsi que Jacques et moi, et notre Titi qui ne buvait plus une
fois de plus. Il a fallu assez vite remettre au moteur, nous faisions
parfois la route, et d’autres fois non, ne faisant qu’un
petit nombre de milles par jour. Malgré la lenteur, la
terre se rapproche, petit à petit, l’équipage
retrouve la forme et les petits œufs sur toast du matin trouvent
de plus en plus de preneurs. Notre british ami Ken les fait naturellement
à merveille, c’est presque un art !
Ce retour m’a semblé très long, bien qu’en
fait il ait duré moins que l’aller.
Nous avons atteint Stanley dimanche 5 novembre à
11 heures du matin, et Ken nous a tous invités à
déjeuner dehors. Orgie de tomates et de salade verte, mmmm
et même pas de vaisselle à faire… Le soir,
nous avons droit à un feu d’artifice quasiment sous
nos pieds, une vieille fête anglaise, une histoire de roi
de je ne sais quoi, ça fait drôle de crier «
oh la belle bleue », alors que nous pourrions aisément
être encore en train de vomir dehors…
Nous partons explorer les alentours immédiats de Stanley,
nous n’avons pas le temps d’entreprendre une croisière
plus longue avant l’avion du 11 novembre. Il nous faut cependant
solliciter quelques autorisations : ici, la terre est privée
et on ne débarque pas chez les gens sans prévenir.
Nous partons donc à la recherche des gorfous sauteurs,
il parait même qu’il y a un couple de gorfous dorés,
encore appelés macaronis, juste à coté. Le
département de l’environnement nous a fourni une
carte afin que nous évitions les champs de mines. La guerre
des Malouines contre les argentins (1982) n’est pas vieille,
le déminage n’a pas été fait partout,
et certaines mines ont été posées tellement
au bord de la cote qu’il est possible que certaines aient
échappé au déminage et soient revenues à
terre avec la marée. Personne ne veut prendre de risques,
certains terrains sont donc interdits. Jacques et Ken prennent
de l’avance, ont-ils bien lu la carte avant de partir ?
Je me souviens l’avoir montrée à Ken, mais
Jacques l’a-t-il vue ? Et ils se dirigent droit vers la
zone dangereuse… Mais ils verront sans doute les signes
rouges sur les grillages… Le reste de la troupe pique vers
l’intérieur, vers un point haut caillouteux. Pascalou
et Gaston en restent là car la côte semble encore
loin et les manchots aussi. Bon, il est encore tôt, Bruno
Yacine et moi continuons. Nous marchons, marchons, le terrain
n’est pas toujours facile, beaucoup de trous remplis de
végétation, des cailloux, un terrain très
inégal, et quelques moutons qui fuient devant nous.
Nous atteignons la côte, une falaise. Pas de manchots en
vue. Je sais que les gorfous sauteurs aiment ce genre d’endroit,
mais en contre bas, nous voyons seulement l’écume
autour des grandes algues, mais de gorfous, point.
Retour. Ken me raconte sa version : ils marchent, ils marchent,
ils cherchent, ils cherchent, les manchots auraient t ils tous
sauté ? Et de gorfous, toujours point.
Le lendemain, escale à l’île Kidney, effectivement
en forme de rein. Un lion de mer austral nous accueille sur la
plage. Il est énorme. L’île est toute recouverte
de tussok, c’est une grande graminée, et ici, elle
pousse très haut. Nous disparaissons entre les touffes,
même Ken qui pourtant culmine plus haut que nous tous. Gaston
disparaît immédiatement, on s’appelle, c’est
rigolo. Des animaux ont creusé les passages entre les touffes
d’herbe, mais lesquels ? Manchots ou autres oiseaux ? Dominique,
la responsable de l’environnement qui nous a donné
le feu vert pour cette visite sur cette île protégée,
nous a mis en garde contre les lions de mer, ils peuvent monter
sur le tussok et se tapir au dessus des passages et nous surprendre
au coin du chemin… Mais il est tôt en saison et nous
ne verrons que 6 femelles dans l’eau, ainsi que le gros
mâle du début.
Nous marchons, nous marchons, sans presque rien voir. On se guide
au soleil, on monte, et puis on redescend vers l’autre rive.
On arrive sur une falaise et là !!!! Ils sont là,
les tout petits, les gorfous sauteurs. Il sont encore plus petits
que les papous, ils arborent des plumes jaunes très longues
à la lace des sourcils, ça leur donne un air de
carnaval très rigolo. Ils vont par deux, l’un est
couché sur le nid où l’on aperçoit
un ou deux œufs, et l’autre reste debout à coté,
repoussant tout intrus qui approcherait trop près. Photo,
photo, photo, et un peu plus loin, les vautours turcs à
tête rouge survolent et attendent, il faut bien que tout
le monde mange…
Nous avons donc fini par voir ces petites créatures. Au
retour, nous profitons de l’attente de l’annexe pour
nettoyer la plage, nous récoltons un sac poubelle complet
de plastiques, et pourtant, ça ne semblait pas si sale.
Nous repartons le soir même, mais le vent forcit, on trouve
où mouiller en sécurité, mais les balades
à terre sont moins engageantes. Il y a tant de vent…
Ici, le pays est couleur d’herbe sèche, des touffes
jaunes d’ajoncs en fleur, ou grises de roches, mais d’arbres,
point. Qu’il est étrange de voir un si grand paysage
sans un seul arbre. Après le bleu et le blanc de la Géorgie,
le vert d’ici repose les yeux, mais ce n’est pas un
vert franc, il est plutôt asséché et brûlé
par le vent. Une plage de sable blanc, un sable si fin qu’il
coule comme de l’eau entre les doigts, bien différent
du sable noir volcanique de Géorgie. C’est très
joli aussi, et sous ce soleil direct, on aurait presque envie
de se baigner dans l’eau bleue, sauf que l’eau, n’est
ce pas, ce n’est pas Raïatea… Plein d’oiseaux,
huîtriers pie, sternes, mouettes, goélands et canards,
pluviers, cincles, troglodytes, mésanges et chardonnerets,
de toutes tailles et couleurs, c’est le paradis des ornithologues
et je prends beaucoup de plaisir à observer ces oiseaux
et à les reconnaître dans mon nouveau livre, celui
que j’ai eu à mon anniversaire… Gaston préfère
agrandir une grotte, il creuse sous un surplomb en se racontant
des histoires d’explorateur. Quelques chevaux fuient au
loin, une maison, une barrière, un petit étang,
les gens d’ici sont bien tranquilles, un peu trop peut être
?
Retour à Stanley, et pourtant, c’est hier seulement
que le grand bus arrivait. Nous l’attendons de nouveau,
de nouveau à couple de Golden Fleece et Damien II, nos
amis vont partir, un grand vide une fois encore, mais on se reverra,
et puis, il reste les images pour rêver, et les mots, et
les souvenirs, et les projets. On se retrouvera avec le même
plaisir, quand on a fait le pain les uns pour les autres comme
on l’a fait, on ne peut plus jamais vraiment se perdre de
vue.
A bientôt les amis, à la Réunion,
Raïatea, Paris ou en Italie, à Ushuaia ou en Laponie,
qui sait ? Mais on remet ça bientôt, promis !!!
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